Lorsque j’ai commencé à préparer ce sujet, j’ai eu l’idée de questionner mes amis sur un réseau social, en leur demandant tout simplement comment ils définiraient « la vraie photographie ». Je tiens ici à les remercier d’avoir joué le jeu. Les réponses ont été nombreuses et variées et je les présenterai toutes en fin d’article.

Qu’est ce que la vraie photographie?

Vous aurez très problablement compris d’emblée que  ce titre est teinté d’une petite dose d’humour… En effet, ce sujet provoque régulièrement des débats passionnés entre photographes (mais aussi chez le public s’intéressant simplement à l’image) depuis maintenant pas mal d’années, avec « la démocratisation » des logiciels de retouche et de traitement d’image. Je pourrais donc ici affiner l’objet de ma reflexion : la vraie photographie est-elle celle qui sort directement d’un appareil photo ou celle qui a été retouchée ou corrigée?

Si j’ai décidé d’écrire ces quelques lignes, ce n’est pas tant avec l’idée de donner une opinion tranchée et encore moins créer un « faux débat », étant très incertain qu’une véritable réponse existe, mais plutôt pour faire part de mon évolution personnelle en photographie et de mon propre sentiment en la matière.

Il convient de faire un retour dans le passé pour comprendre mon raisonnement et entrer ensuite dans le vif du sujet.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la photographie, à l’âge de 14 ans (grâce à un cadeau de mes grand parents, un Miranda reflex RE II équipé d’un 50mm), les ordinateurs n’existaient pas (du moins les ordinateurs personnels tels qu’on les connaît aujourd’hui et qui équipent la plupart des foyers de nos jours). Les logiciels de retouche n’existaient pas non plus par conséquent. Le premier grand logiciel de traitement et de retouche, Adobe Photoshop, verra le jour en 1990 dans sa version 1.0. Celui-ci reste la référence incontestée, au point que « photoshoper » une image est devenu une expression courante lorsque l’on parle de retouche d’image. Enfin, les appareils photographiques étaient loin d’être aussi perfectionnés que ceux que nous utilisons aujourd’hui. Les automatismes, autofocus et autres sophistications actuelles n’existaient pas, obligeant l’utilisateur à connaître un minimum des bases théoriques de la photographie afin de pouvoir exposer correctement sa pellicule. Vous aurez compris que j’évoque ici le matériel argentique.

Je dois faire une petite parenthèse concernant la manipulation d’image avant l’avènement de l’ère informatique. En effet, les tirages à l’agrandisseur permettaient, et permettent toujours, d’apporter certaines modifications aux photographies. Sans entrer dans le détail, les techniques de masquage, de temps d’exposition, mais aussi les temps de révélation dans les bains par exemple, offraient une certaine lattitude de traitement, influant sur le résultat final. D’ailleurs, les grands photographes avaient souvent recours à un tireur attitré dans les laboratoires photograhiques. Mais bien évidemment, il n’y avait rien de comparable avec les manipulations que permettent les logiciels modernes.

J’ai donc pratiqué pendant de nombreuses années la photographie traditionnelle, réalisant parfois mes tirages en noir & blanc moi-même ou en faisant développer mes pellicules dans les laboratoires pour les images couleurs. Je n’entrerai pas ici dans la question technique du tirage couleur, mais il imposait des contraintes techniques et matérielles qui n’étaient pas à ma portée à l’époque (et qui ne m’intéressaient pas particulièrement au demeurant).

Après une période qui m’a éloigné de la photographie, je suis revenu à ce hobby en 2005, avec l’achat de mon premier appareil photographique numérique. A cette époque, les premiers sites de partage photo faisient leur apparition (je pense ici à Flickr). Je crois personnellement que la vision de la photographie en général (au niveau amateur plus particulièrement) a été bouleversée avec l’arrivée de ces nouveaux sites. En effet, du jour au lendemain, la proposition en nombre d’images a explosé, nous permettant par la même de pouvoir visionner une multitude de photographies et/ou de créations. Les nombreux effets ou traitements tels que le HDR, Orton, les désaturations partielles, les flous directionnels, etc… devinrent légion sur Internet.

Les équipement informatiques ainsi que les logiciels étant déjà très accessibles et toujours plus performants, ils sont devenus naturellement partie intégrante de l’équipement du photographe numérique (et incontournables dans la mesure où le développement d’un fichier numérique brut implique l’utilisation d’un matériel informatique). Et puisque l’appareil photo numérique n’implique pas les coûts relativement élevés de l’argentique, le « bombardement » en images est devenu total! Je n’ai pas échappé moi-même à ce « raz de marée », photographiant sans relâche et postant des centaines et des centaines d’images sur les sites de partage photo! C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement au logiciel Photoshop.

Avec quelques années de recul et une meilleure connaissance de la manipulation d’image, j’ai commencé à avoir de sérieux doutes sur la qualité du travail que je proposais jusque là : images trop saturées, effets et photomontages improbables, etc… J’ai alors décidé à ce moment là de reprendre l’ensemble des fichiers originaux des images qui me plaisaient, afin de les travailler à nouveau, mais différemment.

J’ai aussi noté un changement radical dans ma manière de photographier. Si à une certaine époque je « mitraillais » inlassablement, utilisant régulièrement la motorisation rapide de mon appareil photo et en braketant l’exposition afin de créer ensuite des images HDR, j’ai fini par douter de la réelle utilité d’une telle démarche. En effet, je me retrouverais avec des disques durs remplis d’une quantité impressionnante de fichiers, difficilement gérables par conséquent.

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Je commencerai celui-ci en abordant d’abord la question de la manipulation d’image. En effet, à partir de quel moment peut-on considérer qu’une image est manipulée? D’emblée, je répondrai que la moindre correction est déjà une altération de la réalité. D’ailleurs, cela commence avec les fichiers JPEG sortant de nos boitiers, quels qu’ils soient! En effet, à l’inverse du fichier brut (dont les appellations varient selon les marques d’appareils photo mais que l’on nomme communément RAW) qui n’a subi aucune correction, le fichier JPEG corrige de nombreux points : colorimétrie, bruit électronique, aberrations chromatiques, déformations, etc… Il convient de préciser ici que chaque fabricant de matériel applique ses propres algorythmes de traitements, d’où les rendus différents que l’on peut constater selon les marques.

Personnellement, j’ai toujours voulu aller plus loin que la correction d’image habituelle, m’éloignant par conséquent de ce que beaucoup qualifieront de « vraie photographie ». D’ailleurs, je ne pense pas que l’on puisse parler à ce niveau de photographie, mais de « d’imagerie », avec toutes les réserves qu’implique ce qualificatif, et ce en toute modestie. Et pour se convaincre du bien fondé de cette reflexion, il suffit de visionner les images proposées de nos jours par nombre de photographes sur les sites de partage photo ou encore les réseaux sociaux. Quels que soient les domaines (paysage, architecture, portrait….), je ne vois plus beaucoup d’images dites « naturelles » ou « vraies » pour reprendre le qualificatif utilisé dans le titre de ce sujet, au point que ces dernières peuvent paraître « ternes ». Je comprends immédiatement que cette remarque fera grincer certaines dents et une explication doit donc être développée ici. En effet, en restant ici dans un cadre purement technique, une image brute n’est à mon avis qu’un préambule à ce qu’elle deviendra une fois traitée. Elle comprend à la base une suite de valeurs qui pourront être manipulées par la suite afin d’obtenir un résultat selon ses désirs. D’ailleurs, on peut faire ici une analogie avec une pellicule, qui une fois passée dans une machine à développer aura subi divers ajustements.

N’ayant pas d’avis tranché sur la question comme je l’ai déjà indiqué et n’étant peut-être pas le mieux placé pour donner une opinion objective, dans la mesure où la quasi totalité de mes images est manipulée, je vous propose pour conclure de lire les commentaires des amis que j’ai questionnés à ce propos, ainsi que je l’évoquais en début d’article. Les réponses sont variées et il convient de préciser ici que certains amis ayant répondu pratiquent la photographie, et d’autres pas, ou peu :

Voir commentaires FB du 31 janvier 2014

« non pas brut pour moi »

« si elle traduit un sentiment alors brute de décoffrage »

« Une photo c’est un instant, donc brute »

« Sur un boîtier numérique, une image brute n’est pas finie. Même en argentique, on bidouillait au développement. C’est une fausse question. Ce qui compte, c’est le message que tu veux faire passer ou le sentiment que tu veux éveiller… Tu racontes une histoire, un instant, et même si tu la trafiques à donf, l’important c’est le résultat !  Mais si je dois donner une réponse, bien sûr que les photos sont retouchées, et je suis pour ! elles le sont toutes… plus ou moins » 

Lorsqu’une photo est prise, ça m’énerve de la part du photographe qu’il enlève un nuage à un paysage ou ajoute un oiseau dans un ciel par exemple. Si lepaysage ne lui plaisait pas en l’état le jour de la PDV, pourquoi a-t-il déclenché? Dans le même ordre d’idées, si un photographe change la couleur des yeux du modèle en les passant du marron au vert. Pourquoi n’a t-il pas choisi un modèle avec les yeux verts? Etc, etc. Et encore là: mes exemples sont softs. La photographie est l’écriture avec la lumière. L’infographie est une autre discipline, consistant à changer/modifier/manipuler l’image. Donc des démarches qui n’ont strictement rien à voir. Je sais que ceux qui utilisent Photoshop (dont toi) manipulent leur photo. Mais est-ce encore de la photographie?? La frontière entre les deux est infime. Retoucher une photo pour l’embellir en jouant sur les contrastes, saturation: oui ça me paraît normal. Mais de là à supprimer un élément ou en ajouter un: ben non ce n’est plus de la photographie pour moi »

« Tu sais ce que j’en pense David, même si j’ai parfois du mal à me faire comprendre, une photo est une photo. Enfin je veux dire une photo quoi ! Ce truc pas très mécanique qui est au croisement d’un regard, d’un sujet et d’une illumination. Trop bon David mais c’est vrai que l’image parle… Mettre des mots dessus est une autre manière de la retoucher, ce qui ne condamne pas d’autres formes de retouche, y compris numériques »

« pour répondre, je shoot en RAW donc le cliché passe forcément par la moulinette. Ensuite, je transforme rien dans le sens où je raccourcis pas la taille ou je sais pas quoi, cela s’arrête au contraste etc et quelques effets (flouté notamment). La seule entorse : les boutons pas beaux, boutons de fièvres ou autre, je les enlève car je me dis qu’au moment du shooting, ce n’est pas une partie de l’individu »

« Une belle image « bricolée » c’est de ne pas voir qu’elle a été retouchée »

«  un vrai photographe c’est de l’émotion et de la beauté »

« Un instant et l’interprétation qu’on lui donne en la développant… c’est ce tout »

« Selon moi la photographie est une démarche créative. A partir du moment où on met l’oeil dans le viseur pour choisir un angle qu’on qu’on est seul à avoir choisi et jusqu’au moment où on se retrouve face à l’écran de son ordinateur en phase de « développement » ou de post traitement que ce soit juste pour tirer un curseur ou changer la couleur d’un ciel, on va au bout de cette démarche créative. Ces deux phases sont liées et ne font qu’un. Si la photographie n’autorisait aucune liberté d’expression au de la du fichier brut sorti du boitier, ce serait vraiment dommage »

« Le fait que la photographie soit vraie ou autre, est-il important ? C’est le resultat qui compte et l’emotion resultante de la personne qui la regarde. Pour moi la photographie c’est un art et ne pas un science »

« Ce qui compte c’est le résultat et l’émotion qui en résulte. Après, libre à chacun d’y être sensible ou pas. La notion de « vraie photographie » est difficile à définir. Déjà les réglages de nos boitiers nous permettent d’influencer la balance des blancs, l’expo, la zone de mesure de la lumière, la mise au point etc… et donc de donner une interprétation toute personnelle d’une même scène »

« Vous pouvez dire tout ce que vous voulez, la vraie photographie reste ce que vous voyez, c’est ce qui se passe au moment du déclenchement, vous êtes témoin d’une action, la notion de photo-journalisme est très importante, pas de triche, ne pas modifier une image, vous ne faites pas de la fiction ou pub ou une oeuvre d’art, pour exemple, les photos de Robert Doisneau, de Cartier Bresson n’étaient qu’un témoignage d’une action, sans aucune triche , c’était juste de la photographie, du photo-journalisme »

« pour moi seul l’interprétation de l’auteur compte donc retouchée ou pas on s’en fou seul l’oeil et le résultat compte et si l’émotion et la sensibilité me touche le plus grand monde alors c est encore mieux comme un autre art la musique si quand je vois une photo je dis won c gagné et c une belle photo »

« le brut de capteur n’est pas exploitable…raw. MAis le JPG du boitier est déja une interpretation, y a même des modes scène…donc une fois encore ce débat est faux. Deja lorsque nous developpions sous agrandisseur nous avions une large palette de modifications possible. Non le débat est plutôt sur la volatibilité des fichier numerique, en effet nous pouvons aujourd’hui shooter 500 photos dans la journée et trier pour en garder une poignée, à l’époque le coût du négatif nous forçait à faire tres attention. Le danger est là, shooter n’importe quoi n’importe quand et trier ensuite…plus de démarche artistique avant d’arriver a photoshop »

En guise de conclusion, je pourrais simplement dire que la photographie, c’est tout simplement celle que l’on aime, vraie ou pas :-)