Cela fait maintenant plusieurs mois que je m’intéresse sérieusement aux images monochromes, et ce, essentiellement dans le domaine qui me passionne le plus, à savoir la photographie d’architecture. Lorsque j’ai commencé à vouloir réaliser ce genre d’images, mon idée était avant tout de faire un peu autre chose que de la couleur. Mais là n’était pas ma seule motivation. En effet, le noir & blanc donne en général une grande force aux images, et je pense que c’est encore plus vrai dans le domaine qui nous intéresse ici. Je reviendrai sur ce point plus loin.

Afin de me familiariser avec ce style d’images, et surtout essayer de comprendre comment elles sont réalisées, j’en ai regardé un grand nombre sur le site photo 500px, où je poste régulièrement mon travail (ici). Si vous le souhaitez, vous pouvez suivre ce lien, qui vous mènera directement vers une sélection de mes photographies favorites sur ce site. Il y en a volontairement un nombre relativement limité et il sera donc facile de trouver rapidement celles que j’évoque. Vous y trouverez des images remarquables, et pas seulement d’architecture d’ailleurs.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite apporter quelques précisions :
– Ne pratiquant ce genre que depuis peu de temps, ainsi que je le notais en début d’article, je ne le maîtrise encore pas totalement, ou du moins pas autant que je le souhaiterais parfois.
– Il existe certainement différentes approches techniques pour réaliser ces images, et vous comprendrez par conséquent que les explications qui suivront relèvent de celles issues de mes propres expérimentations.
– La réalisation de ce type d’images passant par de nombreuses manipulations, avec le logiciel Photoshop en particulier, mais aussi parfois avec Silver Efex Pro II (logiciel spécialisé pour le noir & blanc), cet article sera plus facile à lire pour les lecteurs ayant déjà une certaine connaissance et pratique de Photoshop.

La force des images noir & blanc :

Il convient au préalable de préciser exactement de quel style nous parlons ici.  En effet, il existe différentes manières de créer des images en noir & blanc. La première consiste tout simplement à photographier un sujet avec un réglage noir & blanc sur son appareil photo numérique si celui-ci le permet, ou de convertir une image couleur avec un logiciel, et d’en rester là, comme vous pourrez le voir dans l’exemple suivant.

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Vous aurez très certainement compris que c’est un tout autre style que nous étudierons ici, qui est représenté par les quelques exemples qui suivent et qui font partie de mes très récentes créations. Comme vous pouvez le noter, tout l’enjeu consiste à créer des images aux lumières subtiles, souvent en dégradé, avec de forts contrastes, le tout dans des ambiances volontairement « dramatiques », souvent sombres. Et ce sont justement ces ambiances qui donnent une grande force à l’image, en faisant ressortir les lignes, les formes et les lumières, vers lesquelles l’œil sera guidé naturellement. Ces images se caractérisent donc par un impact visuel généralement très fort.

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VOUS POUVEZ VOIR L’ENSEMBLE DE MES IMAGES D’ARCHITECTURE EN NOIR & BLANC SUR MON SITE EN CLIQUANT SUR CE LIEN

La prise de vue :

Il faut bien évidemment une image de base avant de commencer le travail de création. Je ne me lancerai pas ici dans un sujet sur la composition, puisqu’elle pourra être très variée d’une image à l’autre, et chacun aura ses préférences ainsi que son style. J’ai par ailleurs écrit sur ce blog un sujet sur la photographie d’architecture, que vous pourrez lire en suivant ce lien, et qui en parle longuement.

Concernant mes prises de vue, elles sont généralement réalisées à main levée, avec mes boîtiers Fujifilm de la série X, et le plus souvent avec un zoom UGA Fujinon XF10-24mm (ultra grand angulaire). La valeur ISO est presque toujours réglée sur 200 ISO, et je travaille principalement en mode priorité à l’ouverture. Mes fichiers de travail sont toujours des RAW (fichiers bruts dénommés RAF chez Fujifilm).

Un point important doit être précisé ici, je n’utilise jamais de filtres ND (densité neutre). Si j’aborde ce point, c’est parce qu’il s’agit d’une technique aussi utilisée pour créer la base des images qui nous intéressent dans ce sujet. En effet, l’emploi de ces filtres, qui permettent de réaliser des poses longues, voire très longues (plusieurs minutes), apporteront certains effets tels que des filés de nuages, ou encore des luminosités particulières. Mais ne les utilisant jamais, je ne saurai en parler plus longuement. Je sais toutefois que cette technique est certainement la prochaine étape de mon apprentissage.

Conseils lors de la prise de vue :

Si les images dont nous parlons ici se caractérisent généralement par des ambiances relativement sombres, mes prises de vue initiales sont toujours réalisées de jour. Privilégiant personnellement l’architecture contemporaine pour ce genre de créations, il n’est donc pas rare que je me trouve face à des constructions aux surfaces vitrées, ou encore des panneaux qui réfléchissent parfois fortement la lumière. Le premier conseil que je pourrais donc donner ici sera d’éviter de photographier ce type de sujet (en général les tours modernes) lorsque le ciel est parsemé de « gros » nuages. En effet, ces derniers se refléteront sur les surfaces, et il sera parfois fastidieux de les faire disparaître, si tel est le but s’entend. Il faut comprendre ici que cela posera surtout problème lorsque l’on souhaitera créer (avec Photoshop) par exemple un effet de filé de nuages dans le ciel. Dans ce cas, les nuages reflétés seront statiques et donc en contradiction avec l’effet créé. Personnellement, je privilégie un ciel bien bleu et sans nuages, et avec une belle luminosité lors de la prise de vue. J’évoquais plus haut la reflexion de la lumière sur certaines surfaces. Là encore, il faudra faire attention à ce que celle-ci ne soit pas brûlée à ces endroits, car là aussi il ne sera pas toujours facile de corriger.

Capture reflet nuages 050215

La création d’images en noir & blanc :

Je fais ici une petite parenthèse afin de donner un conseil sur deux points qui me paraissent essentiels avant de se lancer dans ce genre de travail :

– ces images demandent généralement beaucoup de temps pour les créer, car, comme nous le verrons plus loin, les manipulations logicielles sont souvent nombreuses et parfois fastidieuses. Cela implique aussi par conséquent une certaine connaissance des outils à utiliser comme je le disais plus haut. Vous comprendrez par ailleurs que mes explications sur ce point se feront dans la limite de mes propres connaissances.

– le second point, qui me paraît certainement le plus important, est de savoir ce que l’on souhaite obtenir à partir de son image de base, qui sera très différente en général du résultat final. En effet, tout l’enjeu consistera à créer principalement des lumières, des ombres et des contrastes qui auront un impact visuel intéressant. Il s’agit donc bien ici d’un processus créatif, que chacun envisagera selon sa propre sensibilité et/ou style.

IMAGE INITIALE

Capture avant 050215

RÉSULTAT FINAL

Capture après 050215

Afin d’entrer maintenant dans les explications précises, je vais prendre pour exemple une de mes réalisations. J’ai volontairement pris le parti de vous expliquer mes méthodes de travail à chaque grande étape du processus, plutôt que de fournir une explication pas à pas, calque après calque, moins intéressante me semble t’il, car le but est avant tout de comprendre comment produire ce genre d’images.

IMAGE INITIALE

Capture image 050215

RÉSULTAT FINAL

Capture image finale 050215

Première étape :

Mes fichiers sont toujours ouverts dans un premier temps dans Adobe Camera Raw, le module de développement intégré de Photoshop. J’y effectue habituellement différents réglages de luminosité, de netteté et de clarté (accentuation). Phénomène assez fréquent dans ce genre d’image, je supprime aussi les aberrations chromatiques, si elles sont trop marquées. Puisque nous parlons ici de noir & blanc, je pourrais aussi effectuer directement la conversion dans Camera Raw, mais c’est plutôt une fois le fichier ouvert dans Photoshop que je réaliserai cette opération. Enfin, J’ai pour habitude d’ouvrir le fichier en tant qu’objet dynamique dans Photoshop, ce qui me permet de revenir, si besoin est, dans les réglages, en conservant toutes les propriétés du fichier original. Mais je dois bien reconnaître que je le fais plus par habitude, car je ne reviens que très rarement dans Camera Raw une fois mes réglages initiaux effectués. Dès que le fichier est ouvert sous forme de calque dans Photoshop, je double ce dernier en cliquant avec le bouton droit de la souris et en choisissant l’option « nouvel objet dynamique par copier », afin de conserver mon fichier original au cas où je souhaiterais repartir depuis le début.

Seconde étape :

Dans Photoshop, la première opération consistera à effectuer des redressements de perspectives, des torsions ou encore centrer le sujet comme c’est le cas dans notre exemple. Il me sera difficile ici de donner plus d’indications, car ces opérations dépendent du sujet, et de la manière dont on souhaite présenter une image. Nous sommes donc ici dans des choix plutôt personnels. J’aime, par exemple et lorsque c’est possible, faire arriver certaines lignes dans les angles du cadre. Afin de réaliser les opérations de cette étape, j’utilise les repères (exemple ci-dessous) ainsi que les différents outils de transformation (homothétie, torsion, déformation, etc..). La combinaison de touches Ctrl+T sur un calque ouvre l’outil de transformation et ensuite bouton droit pour choisir l’effet. Par ailleurs, dans le cas où certaines déformations de lignes me semblent trop importantes, j’utilise le filtre grand angle adaptatif, qui donne en général d’excellents résultats.
A ce stade, ma composition est terminée et il est très rare que je la modifie par la suite.

Capture exemple sélections 10 040215

Troisième étape :

J’arrive maintenant à une étape que je réalise dans la quasi totalité de mes images prises en extérieur, à savoir la suppression du ciel. Pourquoi cette démarche? Comme je l’expliquais dans le chapitre consacré à la prise de vue, je n’utilise jamais de filtres ND et il m’est donc par conséquent impossible de réaliser des filés de nuages, effet que j’affectionne particulièrement dans mes créations. D’ailleurs, si vous avez regardé les images d’architecture monochrome en suivant le lien sur le site 500px évoqué plus haut (pour rappel ici), vous pourrez constater que bon nombre d’entre elles sont proposées avec des filés dans le ciel. Je ne suis pas ici en train de dire que je cherche à suivre cette tendance, mais il me semble que cet effet (parfois très subtil) est plus esthétique et en adéquation avec ce style d’images que des nuages « statiques ». Il est bien bien entendu aussi  possible de réaliser des ciels sans nuages. Dans ce cas, j’aime parfois ajouter un effet de dégradé de gris.

Avant d’expliquer la méthode que j’utilise pour détourer le ciel, je profite de cette étape pour parler des outils de sélection dans Photoshop. En effet, la création d’une image telle que celle de notre exemple demande généralement de nombreuses sélections, comme vous pourrez le voir dans la capture d’écran suivante. Bien évidemment leur nombre dépendra du nombre d’effets que l’on souhaitera créer et sur quelles parties de la scène. Personnellement, et en l’écrivant sous forme d’humour, j’ai la fâcheuse habitude de créer dès le départ un maximum de sélections, qui me permettent de contrôler chaque portion de mon image et d’expérimenter diverses options de jeux de lumières ou corrections par la suite. J’y reviendrai dans une prochaine étape. Il existe de très nombreuses manières de créer des sélections dans Photoshop, et il me sera donc impossible de les évoquer toutes. Je me limiterai donc ici à vous parler des outils que j’utilise le plus fréquemment.
Si vous souhaitez plus d’informations sur les techniques de détourage, j’ai écrit il y a quelques temps un petit article à ce sujet (ici).

Capture exemple sélections 040215

Pour une raison de meilleure visibilité, j’ai choisi de vous montrer les sélections effectuées sur cette image en remplaçant les sélections flottantes (les pointillés qui apparaissent lors d’une sélection) par des lignes rouges. Comme vous pouvez le constater donc, j’ai sélectionné la quasi totalité des portions de l’image. En regardant la fenêtre des calques sur la droite, vous pouvez voir le détail de chaque sélection.

Pour en revenir aux outils, le lasso polygonal (raccourci clavier L) est celui qui a de loin ma préférence aujourd’hui. En effet, sur ce type d’image composée essentiellement de droites (ce qui est le cas dans nombre de constructions modernes), cet outil permet de travailler avec une grande rapidité et précision. Certains me rétorqueront que la plume reste le meilleur outil, et si elle m’est encore parfois utile sur des arrondis en particulier, ou sur des formes complexes, je l’utilise de moins en moins.

Capture exemple sélections 7 040215

Je reviens maintenant au détourage du ciel, qui est l’objet de cette étape. L’opération ne présente aucune difficulté car le tracé, représenté en rouge dans la capture d’écran ci-dessous, est encore une fois composé en grande partie de droites, que je suis avec le lasso polygonal. Je dois ici apporter une petite précision : comme vous l’aurez très certainement remarqué lors j’ai présenté l’image initiale de notre exemple, je n’ai conversé que la partie centrale de la façade dans l’image finale. Une fois la sélection flottante effectuée, il suffit d’ajouter un masque de fusion sur le calque pour masquer le ciel. Ensuite, et c’est là aussi une des mes habitudes, je crée un calque de couleur unie noire sous le calque de l’image.

Capture exemple sélections 2 040215

Quatrième étape :

Je vais maintenant convertir mon image couleur en noir & blanc. En fait, il s’agit d’une opération que j’aurais pu effectuer dans une étape précédente, mais je procède habituellement dans l’ordre que je vous le décrit actuellement. Ainsi que je l’ai déjà évoqué dans la première étape, je convertis généralement mes images dans Photoshop avec le réglage noir & blanc, qui permet d’effectuer des réglages sur 6 canaux de couleurs. J’ai aussi évoqué le fait que j’utilise le logiciel Silver Efex ProII (sous la forme de plugin), qui est entièrement dédié au noir et blanc. Très complet, il offre une gamme très étendue d’options et de réglages. Toutefois, j’utilise ce logiciel plus particulièrement pour d’autres manipulations que j’aborderai plus loin.

INTERFACE DE SILVER EFEX PROII

Capture silver efex 060215

Cinquième étape :

Nous arrivons ici dans la phase la plus intéressante, puisque nous allons maintenant « construire » les éclairages et l’ambiance de la scène. Mais avant cela, il convient de revenir sur un point que j’ai évoqué dans les conseils de prise de vue, et en particulier la reflexion des nuages. Comme vous pouvez le constater, ils sont ici présents sur la quasi totalité de la structure. La manière la plus simple de les masquer est donc d’appliquer un calque de remplissage de couleur. J’ai fait le choix de la couleur noire dans le cas présent. Afin de comprendre comment j’ai appliqué ce calque, je vous propose de revenir un instant à la première capture d’écran de la troisième étape (l’ensemble des sélections de la scène en rouge). Une fois un ensemble sélectionné (par exemple la partie centrale inférieure), je sélectionne la fonction « créer un calque de remplissage ou de réglage » comme indiqué par la flèche rouge dans la capture d’écran ci-dessous, et je choisis l’option « couleur unie ».

Capture panneau calque 060215

Je fermerai cette parenthèse en précisant un dernier point sur les sélections, car il existe plusieurs méthodes pour les mémoriser, mais je n’entrerai pas ici dans le détail. Comme vous pouvez le voir dans la capture d’écran ci-dessus, les vignettes de masque de fusion des différents sélections (à droite) sont visibles dans la fenêtre des calques à partir du moment où vous leur ajoutez un réglage (niveau, courbes, teinte/saturation, etc…) ou un remplissage (couleur unie ou dégradé) dans le cas présent. Pour faire revenir une sélection flottante, il suffit d’appuyer sur la touche Crtl + clic sur la vignette et Crtl +D pour la désélectionner. De la même manière, l’appui sur les touches Crtl+Shift+clic sur plusieurs vignettes permet de les additionner.

Revenons maintenant à la partie de création, qui sera certainement la plus difficile à expliquer, car c’est celle qui fera le plus appel à sa propre imagination. Dans notre exemple, j’ai donc choisi dans un premier temps de masquer les nuages présents sur la structure avec un calque de remplissage de couleur noire. L’idée maintenant est de créer des dégradés sur ces parties. Pour cela je fais revenir la sélection flottante sur la partie (ou sur un ensemble) qui m’intéresse, afin d’y ajouter un calque dégradé noir & blanc dans un premier temps. Vous pouvez voir sur la capture d’écran ci-dessous la fenêtre de dialogue « fond en dégradé » et je vous propose de la détailler pour en comprendre le fonctionnement. La première fenêtre indique quel dégradé est utilisé (noir & blanc dans le cas présent), la seconde, juste en dessous, indique le style. En cliquant sur la flèche, on peut sélectionner différents styles (linéaire, radial, angle, réfléchi, losange). Viennent ensuite l’angle et l’échelle. Enfin, vous trouverez 3 cases à cocher, sachant que celle nommée « inverser » permet tout simplement d’inverser le sens du dégradé.

Capture fond en dégradé 070215

A ce stade, la démarche consistera à jouer avec les différentes options proposées dans cette boite de dialogue, afin de placer son dégradé exactement comme on le souhaite (en le déplaçant, pivotant, etc…). Dans le cas de notre exemple, j’en ai appliqué sur les différentes portions que vous pouvez voir à droite dans la fenêtres des calques, mais il m’est impossible de vous les montrer toutes, car, encore une fois, il n’y a pas de règles précises ici, puisqu’il s’agit d’une construction avant tout basée sur sa propre imagination. Sur certaines parties, j’ai aussi ajouté un calque de dégradé « premier plan/transparent » (les noms des dégradés sont visibles en les survolant avec la souris) afin d’atténuer certaines lumières, et créer ainsi une ambiance. Là encore, il existe d’autres possibilités en atténuant par exemple l’opacité du calque. Concernant les calques de niveaux, j’en estompe parfois l’effet avec l’outil « dégradé » (raccourci clavier G).

Je ne peux donc ici que vous conseiller de vous entraîner afin d’étudier les différentes options que je viens d’évoquer. Dans la capture d’écran suivante, vous pourrez voir le résultat de ma construction de lumières. Comme vous le constaterez, elle n’est pas uniforme, puisque j’ai volontairement créé des éclairages plus forts à certains endroits et atténuées à d’autres.

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Je fais ici une remarque importante, et que j’ai déjà évoquée plus haut, concernant les jeux de lumière dans ce genre d’image. Comme vous le remarquerez dans notre exemple, il n’y a pas de logique particulière sur ce point. L’ambiance général relève plus de son propre « imaginaire ». D’ailleurs, c’est souvent le cas dans ce style, l’idée principale étant de créer une ambiance, plutôt que de respecter une logique. Toutefois, je pourrais modérer ici mon propos en donnant une explication supplémentaire concernant le jeu de lumière que j’ai souhaité créer. En effet, vous constaterez que les lumières les plus fortes sont concentrées dans la partie haute (sur la gauche) de l’image et qu’elles sont atténuées sur la partie droite. Et c’était là un choix délibéré lorsque j’ai commencé la construction des lumières.

Sixième étape :

Je vais maintenant placer le ciel. Si je réalise cette opération seulement maintenant, c’est parce que j’aime le faire une fois ma composition pratiquement terminée. En effet, j’essaie parfois de choisir un ciel (dans mes archives) qui sera « cohérent » avec les jeux d’ombres et de lumière, ce qui n’est pas le cas dans notre exemple. Mais pour étayer mon propos, j’aurais pu par exemple ici accentuer (et/ou concentrer) la luminosité et les filés de nuages sur la partie gauche de cette image, puisque l’intensité lumineuse des fenêtres est plus forte de ce côté. Mais là encore, je privilégie en général la fantaisie, plutôt que la logique. Je peux d’ailleurs parfois aller beaucoup plus loin en ce sens, en créant par exemple des effets de déformation ou encore des filés qui partent dans tous les sens…

Puisque l’ensemble de mon fichier de travail est constitué de calques et de sélections, il est facile d’y ajouter le ciel en le plaçant derrière le bon calque. qui se situe généralement sous le calque de la structure avec le ciel détouré (visible dans la capture d’écran ci-dessous), ainsi que je l’ai expliqué dans la troisième étape. Dans le cas présent, j’ai choisi dans mes archives un ciel photographié au coucher du soleil depuis la tour Montparnasse (on distingue la tour Eiffel dans la capture d’écran qui suit).

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Afin de créer l’effet de filé dans notre exemple, j’ai utilisé le filtre d’atténuation flou directionnel. J’utilise aussi beaucoup le filtre radial (la plupart du temps en mode zoom), qui lui permet de créer des filés de nuages semblables à ceux que l’on obtient avec des poses longues (selon la valeur qui lui sera appliquée). Vous pourrez donc voir ci-après le rendu du ciel une fois le flou directionnel et un jeu d’ombres appliqués. La partie inférieure, qui n’est pas nécessaire, sera en partie masquée par l’immeuble et le reste par des ombres que je créerai plus tard.

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Comme vous pouvez le voir sur cette capture d’écran, il reste une zone de gris importante et que je souhaiterais atténuer (assombrir). Il m’a fallu beaucoup de temps avant de trouver une méthode qui me convienne dans la création de mes ciels. J’ai testé de nombreuses possibilités avec les différents modes fusion des calques sans jamais trouver véritablement de solution. Depuis quelques, j’ai enfin trouvé une méthode enfin efficace, dont je vais vous donner l’explication maintenant « la comparaison sur gris » :

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En double-cliquant sur le calque du ciel (sur une zone vide bleutée à droite de celui-ci et non pas sur la vignette), s’ouvre la fenêtre de dialogue que vous pouvez voir sur la capture d’écran ci-dessus. En maintenant la touche Alt et le bouton gauche de la souris enfoncés (sur la première barre dans l’encadré en rouge et au niveau de la flèche), lorsque l’on déplace la souris progressivement vers la droite, le curseur en forme de triangle va se séparer en deux, et les zones grises du ciel vont s’estomper avec une transition en douceur. Je rappelle ici que puisque le calque sous mon ciel est un calque de remplissage de couleur noire, elle commencera à légèrement apparaître dans les zones de gris et j’obtiendrai par conséquent l’atténuation recherchée. Si la touche Alt n’était pas enfoncée lors de ce processus, la transition serait « brutale » et inutilisable par conséquent.

Septième et dernière étape :

Mon image est pratiquement terminée à ce stade, mais je vais effectuer en général encore quelques opérations. Je vais tout d’abord, en me plaçant sur le premier calque du haut, fusionner tous les calques visibles avec le raccourci clavier Shift+Ctrl+Alt+E et je doublerai ce dernier. Ensuite, je vais effectuer un « nettoyage » de l’image, en supprimant les taches, impuretés et autres éléments qui ne me plairaient pas. Dans le cas de notre exemple il n’y en aura que peu, puisque la quasi totalité de la structure a été masquée par des calques de remplissage. Je vais aussi rehausser quelques luminosités avec des réglages de niveaux (dans notre exemple sur les battants des fenêtres ainsi que sur les barres verticales métalliques). Autre opération que je réalise très souvent dans ce genre de composition, je vais assombrir les bords de l’image. Pour ce faire, j’utilise l’outil « ellipse de sélection » (raccourci clavier M), en traçant une forme ovale autour de la structure, comme vous pourrez le voir dans la capture d’écran qui suit. Une fois cette forme effectuée, je vais l’inverser avec le raccourci clavier Shift+Ctrl+I. L’inversion permet que la partie sélectionnée ne soit pas l’intérieur de la sélection, mais l’extérieur de celle-ci (de l’ovale vers les bords de l’image).

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Enfin, j’applique un réglage « niveaux » et tire les 3 curseurs de réglage sur la droite. La sélection est maintenant noire, comme vous pouvez le voir dans la capture d’écran suivante, avant un bord net, et qu’il va falloir maintenant adoucir avec un contour progressif important. Il suffit pour cela de sélectionner « masque » dans la fenêtre de réglage de niveaux (indiqué par la flèche rouge à gauche) et de se placer sur la vignette de masque sur ce calque (indiqué par la flèche rouge à droite). La dernière opération ici consiste donc à tirer le curseur de contour progressif vers la droite vers une valeur élevée (au minimum 240px). Il existe d’autres méthodes pour effectuer ce type d’opération, avec l’option d’amélioration de masque par exemple, mais celle décrite ici est celle que je l’utilise le plus souvent.

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Un autre outil que j’utilise est l’outil « densité+/- pour rehausser ou assombrir certaines petites zones. Toutefois je préfère largement l’utilisation d’un calque neutre (lumière tamisée ou vive en général) à 50% de gris, sur lequel je vais travailler au pinceau et atténuer l’effet par un flou gaussien si besoin est. Je ne pourrai pas ici détailler le fonctionnement de ces outils, mais les mentionne pour information.

Pour conclure cette étape, je reviens un instant sur le logiciel Silver Efex ProII. Lorsque mon image est terminée (mais je peux aussi parfois utiliser Silver Efex ProII dans une étape antérieure), j’utilise ce logiciel pour éventuellement chercher des effets prédéfinis (ils sont nombreux) qui pourraient être intéressants (structure, contrastes, simulation de filtres ND, traitement poussé ou doux, etc….). Je ne pourrai pas ici détailler tous les réglages car ils sont trop nombreux. Si je n’utilise pas systématiquement ce logiciel, il faut toutefois noter qu’il est certainement une référence pour le noir & blanc.

Les dernières opération pratiques :
– Dans le mesure où je conserve tous mes fichiers de travail, j’effectue une petite mise en ordre de mes calques (renommage, groupes de calques, suppression des calques inutiles) et enregistre une dernière fois mon fichier au format PSD (le format natif de Photoshop).
– Une fois mon fichier sauvegardé, j’aplatis mon image (menu calque – aplatir l’image) et la sauvegarde cette fois au format Tiff, en ajoutant cette extension au nom du fichier.

Conclusion :

Voila en substance ma manière d’aborder aujourd’hui les images d’architecture en noir & blanc. J’ai essayé dans ce sujet de vous donner un maximum d’informations et de précisions sur les points qui me paraissaient importants ou intéressants, mais comme je l’ai écrit en début d’article, je n’ai pas pu toujours entrer dans le détail. En effet, certaines opérations, telles que les sélections et le détourage par exemple, font généralement l’objet de tutoriels complets afin d’en comprendre tout le fonctionnement. J’espère toutefois que ce sujet vous aura éventuellement donné quelques pistes pour vos futurs créations ou tout simplement vous permettront de comprendre le processus de création, qui n’est pas forcément aisé et souvent long. On me pose d’ailleurs parfois la question de savoir combien de temps je passe pour créer ce genre d’image. Si la réponse n’est pas évidente car je ne le calcule jamais, je dirais que chaque image me demande de deux à quatre ou cinq de travail.

Si vous avez des questions, des remarques ou des astuces à partager (je suis preneur), je vous invite à en faire part dans la rubrique commentaires. Je serai heureux d’y répondre.