Comme bon nombre de photographes qui souhaitent avoir la plus grande latitude possible lors du processus de traitement de leurs images, j’utilise le format RAW (du mot anglais qui signifie brut). Sans entrer ici dans une explication détaillée, que l’on peut trouver facilement sur le Net, on peut simplement retenir qu’il est celui qui contient le plus d’informations, non compressées, à l’inverse du format Jpeg par exemple, dont la compression génère une perte d’informations. Le format RAW est en quelque sorte un négatif, qui demande par conséquent un logiciel pour être « développé ». Pour ce faire, j’utilise personnellement Adobe Camera Raw, le logiciel intégré à Adobe Photoshop. Il convient enfin de préciser que chaque fabricant d’appareils photographiques a sa propre dénomination (RAF chez Fujifilm, NEF chez Nikon, CR2 chez Canon,…).

Avant de poursuivre, je dois apporter une petite précision quant au titre de cet article, car il peut prêter à confusion. En effet, mon propos aujourd’hui n’est pas de parler du format RAW en lui-même, mais de la façon dont je j’utilise. En substance, et avant d’entrer dans des explications détaillées, lorsque je traite une image, je pars presque toujours d’un seul fichier RAW, que j’utiliserai plusieurs fois en le copiant (2 fois en général) dans ma pile de calques, et en appliquant des réglages différents sur chacun. Le résultat sera une combinaison des deux.

Il existe différentes méthodes pour fusionner plusieurs fichiers. L’une d’entre-elles consiste à effectuer plusieurs prises de vue d’une même scène en braketant avec des valeurs de correction d’exposition différentes (par exemple : -1 / 0 / +1). Nous obtenons dans ce cas trois images, dont une sera sous-exposée et une autre sur-exposée. Il suffira ensuite d’importer ces 3 fichiers dans un logiciel dédié (par exemple Oloneo, Photomatix,…), qui se chargera d’augmenter la dynamique, ou de créer une image de type HDR (High Dynamic Range). Une autre méthode consiste à ouvrir ces trois mêmes fichiers dans Photoshop, et de sélectionner dans chacun d’entre-eux les zones que l’on souhaite conserver, en travaillant sur des masques de fusion. On parle alors de digital blending. Vous aurez compris que j’ai très succinctement schématisé ces processus ici, car les possibilités de réglages sont « infinies » selon les résultats que l’on souhaite obtenir. Si j’ai moi-même travaillé avec ces différentes techniques pendant plusieurs années, j’ai complètement revu ma méthode il y a environ trois ans, lorsque j’ai changé mon équipement photographique, passant alors d’un système reflex Nikon à un système mirroless Fujifilm. Si la différence de technicité entre les deux systèmes n’est certainement pas l’explication de ce changement, car elle n’est globalement pas si différente, l’approche philosophique et la manière de les utiliser est elle très différente. Ce que je vais dire ici est certainement un ressenti très personnel et en aucun cas péjoratif, mais j’ai eu l’impression de passer du jour au lendemain d’un outil (certes très performant) à un objet, avec lequel je ne ressentais plus le besoin de « mitrailler » comme j’avais pu le faire à une époque. Avec des réglages à l’ancienne, avec molettes et bague de diaphragme, ainsi que le look rétro de mes Fuji, j’avais presque l’impression de faire un retour à l’argentique, avec une pellicule de 24 poses chargée dans l’appareil… :) Il en a donc découlé un nombre de photos beaucoup plus réduit lors de mes sorties photo, et beaucoup moins de mégaoctets sur mon disque dur. Voilà donc la raison principale expliquant le fait que je ne travaille plus sur plusieurs images braketées.

Entrons maintenant dans le vif du sujet en partant de l’image que vous pouvez voir dans la capture d’écran suivante, et qui représente la basilique du Sacré Cœur à Paris.

Capture acr 001 190915

Les opérations que j’effectue lorsque j’ouvre un fichier RAW dans Adobe Camera Raw sont globalement souvent les mêmes, et se situent à plusieurs niveaux. En premier lieu j’effectue des réglages de base : exposition, tons clairs, tons foncés, saturation, balance des blancs… Aussi, je travaille généralement sur les canaux de couleur afin de régler par exemple la saturation ou la luminance de certaines couleurs. Enfin, j’effectue un réglage qui représente pour moi le point le plus important : la netteté d’une part, et la réduction du bruit électronique d’autre part. C’est d’ailleurs ce point précis qui explique le fait que je double mon calque et je vais expliquer maintenant pourquoi. Vous pouvez voir dans la capture d’écran les fenêtres des réglages que je viens d’évoquer. J’effectue parfois d’autres réglages tels que la suppression des aberrations chromatiques, etc…

réglages acr 190915

 

Ainsi que je l’écrivais en introduction, le format RAW offre une très grande latitude et souplesse dans son traitement, et permet facilement (dans la limite du raisonnable bien sûr) de rattraper des sur ou sous-expositions par exemple. Je pars toujours d’une image « correctement » exposée, et effectue tous les réglages évoqués plus haut sur le même calque. Toutefois, et pour revenir au réglage de la netteté, celui-ci va s’appliquer sur l’ensemble de l’image, ce que je ne souhaite pas toujours. Dans le cas précis de mon image d’exemple, je ne souhaite pas qu’il s’applique sur le ciel, car il généra une forme de bruit indésirable à mon goût. Avec un ciel relativement uniforme comme c’est le cas ici, et une prise de vue effectuée avec une valeur ISO basse (200 ISO ici), cela ne se verra pas spécialement. Mais si l’image avait été prise avec une valeur ISO plus élevée et sur un ciel nuageux, cela serait plus perceptible. Dans ma pratique habituelle, je fais toujours en sorte que le ciel ne soit jamais bruité. Vous trouverez ci-après les captures d’écran illustrant mon propos :

Ici, l’image est telle qu’elle a été ouverte dans Camera Raw et agrandie à 100%. Vous pouvez voir les réglages de base de la netteté dans la fenêtre située sur la partie droite.

Capture netteté 001 180915

 

Après application de mes réglages de netteté, vous noterez que l’image offre plus de détails (« meilleure définition »). Si les valeurs de rayon (1.0), de détail (100), et de masquage (10) que j’applique sont souvent les mêmes, je varie celles du gain, en évitant d’aller au delà de 45. Cela dépendra en fait de mon image. Dans le cas précis, une trop forte accentuation du gain affectera le rendu de la pierre.

Capture netteté 002 180915

 

Passons maintenant à la question de la réduction du bruit. Dans la capture d’écran qui suit, vous pouvez voir un autre détail de l’image (agrandie à 174,6%), avec un gain de netteté volontairement exagéré (45). Comme je l’écrivais plus haut, le rendu de la pierre ici ne me convient pas avec cette valeur trop élevée. Vous pouvez aussi noter que ce réglage a affecté le ciel.

Capture netteté 003 180915

 

Afin de réduire le bruit au niveau du ciel, j’ai donc remis les réglages de netteté à leurs valeurs de base, et ai effectué cette fois des réglages au niveau de la réduction du bruit. J’ai appliqué ici une valeur de luminance de 30 (le réglage de base est 0). Comme vous pouvez le remarquer, le ciel est maintenant « propre ». Par contre, ce réglage s’étant appliqué à l’ensemble de l’image, le manque de détails au niveau de la basilique est maintenant trop important.

Capture netteté 004 180915

 

Maintenant que nous avons vu comment les réglages de netteté et de réduction du bruit impactent notre image, nous allons passer dans ce chapitre au processus qui permettra de la finaliser, en ayant d’un côté un bâtiment offrant une bonne netteté, et de l’autre un ciel « propre ». Ces différents réglages s’appliquant sur la totalité de l’image comme nous l’avons vu plus haut, il va donc falloir travailler sur deux calques distincts, puisque vous aurez compris que netteté et réduction de bruit ne pourront coahibiter sur un seul et même calque.

Avant de poursuivre, il convient ici d’expliquer en quelques mots la notion d’objet dynamique. En substance, celui-ci est un calque contenant toutes les données de l’image. Il offre de nombreux avantages, dont principalement la possibilité de revenir à tout moment dans les réglages, afin d’effectuer des modifications, et ce de manière non destructive. Par exemple, dans notre image ici, une fois que j’ai effectué tous mes réglages dans Camera Raw et que je l’ouvre ensuite dans Photoshop, si j’ai choisi l’option de l’ouvrir sous forme d’objet dynamique, je pourrai revenir à tout moment dans mes réglages dans Camera Raw, en double-cliquant simplement dans la petite vignette dans le coin droit (entourée en rouge dans la capture d’écran ci-dessous) :

 

Capture calque dynamique 190915

 

Afin de choisir cette option, il suffit de cliquer dans Camera Raw sur le lien qui se trouve en bas et au milieu de la fenêtre (entouré en rouge dans la capture d’écran ci-dessous), et de cocher l’option « ouvrir dans Photoshop comme objets dynamiques » dans la fenêtre d’options du flux de production qui s’ouvrira (en bas).

Capture fenetre objet dynamique 190915

 

Sans aller plus loin dans la question des objets dynamiques, il faut retenir ici qu’ils représentent probablement la meilleure solution dans Photoshop, puisqu’il permettent de travailler de manière non destructive. Attention toutefois aux ressources matérielles que demandent les objets dynamiques. En effet, mieux vaut utiliser un ordinateur performant lorsqu’ils sont nombreux.

Revenons maintenant à la finalisation de notre image.

Une fois tous mes réglages effectués dans Camera Raw (netteté comprise), j’ouvre donc mon image dans Photoshop (sous forme d’objet dynamique comme vous l’aurez compris). La première opération que je fais effectuer ensuite consistera à dupliquer ce calque. Pour ce faire, je fais un clic droit sur celui-ci et choisis l’option « nouvel objet dynamique par copier ». Je me trouve maintenant en présence de deux calques dans ma pile, aux caractéristiques strictement similaires. Pour des raisons pratiques (et qui sont par ailleurs une bonne habitude à prendre en général), je vais renommer ces deux calques : netteté pour le premier, et réduction du bruit pour le second.

Capture résultat sacré coeur 190915

 

Comme nous l’avons vu plus haut, il me faut donc maintenant un calque sur lequel seront appliqués les réglages de netteté, et un autre avec uniquement les réglages de réduction de bruit. Pour ce faire, je vais utiliser ici le calque nommé « réduction de bruit », en cliquant sur la petite vignette « objet dynamique » comme je l’ai expliqué dans ce chapitre. Mon image est désormais ouverte dans Camera Raw. Il me suffit ici de supprimer mes réglages de netteté en les remettant sur leurs valeurs de base (pour rappel : gain : 25 ; rayon : 1,0 ; détail : 25 ; masquage : 0). Petite astuce : il suffit de double-cliquer sur les curseurs pour retrouver les valeurs de base. Et enfin, je passe la valeur de luminance à 30 dans la section réduction du bruit. Ensuite, il suffit de cliquer sur OK (en bas à droite dans la fenêtre) pour valider mes nouveaux réglages et revenir dans Photoshop. J’ai donc bien maintenant mes deux calques avec les réglages souhaités pour chacun.

La dernière opération va consister à masquer le ciel sur le calque « netteté » qui se trouve en haut de la pile, afin de faire apparaître le ciel du calque se situant en dessous (réduction de bruit). Pour ce faire, il suffit dans un premier temps de placer un masque de fusion sur le calque du haut (en appuyant sur le bouton indiqué dans la capture d’écran ci-dessous) et ensuite masquer le ciel à l’aide du pinceau (ce n’est pas ma méthode préférée dans le cas précis), ou encore en le sélectionnant (j’ai choisi ici l’outil sélection rapide, mais il existe d’autres méthodes), et une fois la sélection effectuée en appuyant sur le raccourci clavier Alt + Suppr (lorsque la couleur de premier plan est le noir).

 

Capture masque fusion 190915

 

Conclusion :

Je vous ai présenté ici ma méthode habituelle pour ce type de manipulation, mais il en existe bien d’autres avec Photoshop. J’ai mis l’accent sur la netteté et la réduction de bruit dans ce sujet, mais une fois mon opération complétée dans mon exemple, je pourrais aussi effectuer bien d’autres réglages (avoir une colorimétrie ou des expositions différentes pour la basilique et le ciel par exemple). Mais le point important ici, objet de cet article, est que toutes ces opérations sont réalisées à partir d’un seul fichier image. Bien sûr, je n’utilise pas toujours cette méthode, car elle dépendra avant tout des caractéristiques de mes fichiers selon les conditions de prise de vue. En tout cas, cette « relativement » nouvelle manière de travailler mes images m’a apporté un réel confort, dans la mesure où je n’ai plus à manipuler de nombreux fichiers d’une part, et que le processus est relativement rapide avec un peu d’habitude.

Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à m’en faire part.